Fatima, afghane, 25 ans, vit à Kaboul depuis toujours.
Publié par Christine, le 1 sept 2006 dans Actualités, Région du Panjshir, Sur le terrain.En Mai 2005, elle nous accompagne en mission dans la région du Panjshir.
Afin de mener à bien l’évaluation du Centre d’éducation à la santé du Panjshir, nous avons été accompagnés par Fatima, jeune étudiante en médecine de 25 ans, qui parlant parfaitement l’anglais, allait nous servir d’interprète pendant 5 jours. Avant de partir, nous la connaissions à peine, mais nous avions été frappés par sa détermination et sa volonté de vivre cette expérience, qui à ses yeux, était intéressante pour des raisons purement professionnelles, et qui, de fait, s’est avérée être une expérience profondément humaine.
Il faut savoir que le Panjshir souffre en Afghanistan d’une très mauvaise image liée à toutes ces années de guerre et de résistance, il en est de même pour ses habitants souvent perçus comme des individus violents et rustres. Pour toutes ces raisons, plus celles propres à la situation de la femme, il est extrêmement difficile de trouver une jeune fille qui accepte de séjourner dans le Panjshir. Fatima n’est pas une exception, elle n’avait jamais dormi en dehors de chez elle, n’avait jamais voyagé seule, n’était jamais allée dans le Panjshir. La nuit qui a précédé son départ, elle n’a pas dormi et sa mère n’a cessé de pleurer. Elle aussi avait été nourrie par toutes ces images et avait d’énormes a priori, voire de réelles craintes. Une seule phrase résume à elle seule toute son angoisse : « Je me suis dit qu’il n’était pas impossible que je meure pendant ce séjour ».
Son professionnalisme et son humanité nous ont permis de faire un travail remarquable auprès des femmes de Hannaba, des filles du lycée de Malalaï et de l’éducatrice à la santé, mais ce que nous voulons souligner aujourd’hui, c’est la grandeur de cette découverte : grâce à Afghanistan Libre, Fatima a eu l’occasion de voir pour de vrai, de se faire elle-même une idée, d’aller à l’encontre de tout ce qui l’avait jusque là nourri, d’acquérir son expérience propre et personnelle. Le bonheur et l’émotion qu’elle a connus ont vaincu et complètement inhibé ses appréhensions et ses peurs.
Fatima a découvert ce qu’elle ne soupçonnait pas : des paysages somptueux et paisibles, des femmes joyeuses et émouvantes, des hommes respectables et attentionnés, des contacts humains simples et chaleureux. Tous les soirs, Fatima écrivait dans son journal intime, elle ne voulait rien omettre, rien négliger, consciente qu’elle vivait quelque chose de très fort, qu’elle reviendrait enrichie et différente.
Une fois de plus, on constate combien les préjugés solides et multiples sont dangereux et ont partout les mêmes effets : ils nourrissent des peurs et rendent les individus méfiants les uns envers les autres. Fatima ne l’avait sans doute pas prévu, mais grâce à son courage et à sa volonté, elle a surmonté toutes ses craintes et elle est devenue sans aucun doute notre meilleure ambassadrice pour le Panjshir.

